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Regards sur l'actualité

Langue, travail, identité : ce que dit vraiment notre autonomie

Par Claudio Albertinelli

Il y a des sujets que l’on croit théoriques, jusqu’au moment où l’on se rend compte qu’ils décrivent très concrètement notre quotidien. La présentation du livre de Mirko Altimari, “Lavoro e profili linguistici. Alloglossia, rapporto individuale e sindacato nell’ordinamento multilivello“, tenue à l’Université de la Vallée d’Aoste en février puis au Sénat de la République italienne en avril, en fait partie. Car parler de langue et de travail ce n’est jamais un exercice abstrait. L’auteur l’a rappelé avec une honnêteté qui mérite d’être soulignée : « ce livre parle aussi de ma biographie ». En évoquant la communauté Arbëreshë, il a montré que la langue n’est pas seulement un objet d’étude, mais une expérience vécue, une appartenance qui traverse le temps. Cette approche fait écho à notre réalité valdôtaine. Ici, la langue ne se limite pas au cadre institutionnel du bilinguisme italien-français. Elle s’inscrit dans un paysage plus large, où le francoprovençal — le patois — continue de représenter, pour beaucoup, une langue du quotidien, de proximité, de transmission.

C’est dans ce cadre que la réflexion prend tout son sens. « La langue peut être à la fois un droit individuel et une dimension collective ».

Cette double dimension, nous la connaissons bien. Elle se retrouve dans les services publics, dans l’accès à l’emploi, dans les relations professionnelles, mais aussi dans la manière dont chacun vit son appartenance à un territoire.

Au fond, l’apport de Mirko Altimari est simple, mais il oblige à changer de perspective.

La langue dans le travail n’est pas un élément accessoire. Elle touche directement aux droits, à l’égalité et aux conditions concrètes d’exercice d’une activité professionnelle. Comme il a été rappelé, « la langue peut devenir un facteur de discrimination lorsqu’elle n’est pas liée aux exigences réelles de la fonction ».

Mais, à l’inverse, elle reste indispensable dans d’autres contextes, notamment lorsqu’elle concerne la sécurité : « la barrière linguistique est souvent un facteur d’augmentation des risques sur le lieu de travail ». Entre ces deux pôles, le droit peine encore à trouver un équilibre clair. Les principes existent, mais leur application reste partielle. « Le problème n’est pas seulement celui des normes qui manquent, mais de celles qui ne sont pas mises en œuvre ».

Dans un territoire comme le nôtre, cette question prend une dimension particulière. L’autonomie valdôtaine repose aussi sur la reconnaissance du français aux côtés de l’italien. Mais, dans la réalité sociale, cette pluralité linguistique est plus riche encore. Elle inclut des pratiques, des usages, des identités qui ne se réduisent pas à un cadre strictement juridique. C’est là que le rôle d’un syndicat comme le SAVT trouve sa place. Un syndicat autonome, enraciné dans son territoire, ne construit pas une différence abstraite. Il part d’une réalité vécue par les travailleurs, faite de langues, de parcours et de conditions de travail concrètes. Ce que ces échanges ont montré, au fond, c’est que la langue au travail n’est jamais neutre. Elle touche à la dignité, à la sécurité, à la possibilité de participer pleinement à la vie professionnelle.

En Vallée d’Aoste, cette réalité s’inscrit dans un cadre particulier : celui d’une autonomie fondée aussi sur la reconnaissance du français aux côtés de l’italien, mais vécue au quotidien dans une pluralité linguistique plus large. Et c’est sans doute là que se situe notre responsabilité : continuer à faire vivre cet équilibre, en l’adaptant aux évolutions du travail, sans en perdre le sens.

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